Du Cortina sous licence Ford à la voiture électrique haut de gamme, soixante ans d'ascension
Fondée en 1967 à Séoul par Chung Ju-Yung, Hyundai Motor Company s'est imposée en moins de soixante ans comme le cinquième constructeur automobile mondial. Partie d'une simple Cortina assemblée sous licence Ford, la marque coréenne a parcouru un chemin spectaculaire : modèle propre dès 1975 avec la Pony, conquête américaine en 1986, montée en gamme avec Genesis et virage électrique mené par les Ioniq. Retour sur l'ascension d'un constructeur qui a redéfini la place de la Corée du Sud dans l'industrie automobile mondiale.
Le groupe Hyundai voit le jour en 1947 sous l'impulsion de Chung Ju-Yung, qui démarre dans le BTP et la construction de chantiers d'État. Vingt ans plus tard, en 1967, il fonde Hyundai Motor Company à Séoul, profitant des ambitions industrielles soutenues par le pouvoir politique de l'époque. La première décennie est consacrée à l'apprentissage industriel : la Cortina, berline assemblée sous licence Ford à partir de 1968, sert de banc d'essai. Le constructeur sud-coréen recrute des ingénieurs britanniques expérimentés — dont l'ancien dirigeant de British Leyland, George Turnbull — pour structurer ses bureaux d'études et préparer un modèle 100 % maison.
En 1975 sort la Hyundai Pony, première voiture conçue intégralement par le constructeur coréen, dessinée par Giorgetto Giugiaro et propulsée par un moteur Mitsubishi. Cette compacte tricorps inaugure une stratégie d'export : la Pony est exportée en Amérique latine, en Afrique et au Canada dès 1976. Son succès intérieur consolide les finances du manufacturier et permet d'engager une politique d'investissement industriel d'ampleur, avec la construction d'usines géantes à Ulsan, qui deviendra l'un des plus grands sites de production automobile au monde. La Pony pose les fondations d'une industrie automobile sud-coréenne qui n'existait pas dix ans plus tôt.
L'année 1986 marque une étape décisive : Hyundai pénètre le marché des États-Unis avec l'Excel, berline compacte vendue à un tarif agressif. Plus de 168 000 exemplaires écoulés la première année font de l'Excel l'un des meilleurs lancements jamais réalisés par un constructeur étranger en Amérique du Nord. La fiabilité initiale décevante ternit cependant l'image de la marque, qui mettra une décennie à reconstruire sa réputation. La réponse passe par un investissement massif en qualité et par la garantie 10 ans / 100 000 miles, lancée en 1999 aux États-Unis, devenue depuis une référence du secteur. Cette montée en gamme méthodique sera la marque de fabrique du constructeur jusqu'à aujourd'hui.
Au tournant des années 2000, Hyundai aligne une gamme cohérente couvrant tous les segments. La Sonata, berline familiale, devient une référence aux États-Unis. Le SUV Santa Fe, lancé en 2000, profite de la vague des véhicules surélevés et s'impose sur les marchés européens et nord-américains. Le Tucson rejoint la gamme en 2004 sur le segment compact. La berline i30, dévoilée en 2007, est conçue spécifiquement pour le marché européen au centre de design de Rüsselsheim, en Allemagne. Le manufacturier coréen forme alors avec Kia (rachetée en 1998) un groupe Hyundai-Kia qui devient le cinquième constructeur mondial en volume au début des années 2010.
Après avoir conquis le segment populaire, le constructeur s'attaque à la catégorie premium. La berline Genesis, lancée en 2008 puis hissée au rang de marque autonome en 2015, ambitionne de défier les allemands sur leur terrain. Les modèles G70, G80 et G90, ainsi que les SUV GV70 et GV80, sont distribués via un réseau dédié et progressent rapidement aux États-Unis. La direction du design est confiée à Luc Donckerwolke, ex-Lamborghini et Bentley. Cette stratégie premium illustre la confiance retrouvée du manufacturier coréen et sa capacité à monter en gamme sans abandonner ses bestsellers populaires.
Présentée en 2021, l'Ioniq 5 inaugure la plateforme E-GMP dédiée aux véhicules électriques. Architecture 800 volts, recharge ultra-rapide, design rétro-futuriste et habitacle modulable : la berline crossover récolte les éloges de la presse spécialisée et plusieurs prix internationaux. Suivent l'Ioniq 6 (berline aérodynamique) puis l'Ioniq 7. Le constructeur prévoit d'investir massivement dans l'électrification, avec une dizaine de modèles annoncés à l'horizon 2030. Sa filiale Kia partage la même plateforme, ce qui permet de mutualiser les coûts. Voir aussi l'histoire de Kia et l'histoire de Daewoo, autres figures du paysage coréen.
Présent en sport automobile depuis les années 2000, le manufacturier coréen s'illustre particulièrement en championnat du monde des rallyes (WRC), où il décroche les titres constructeurs en 2019 puis 2020. La structure Hyundai Motorsport, basée à Alzenau en Allemagne, fait courir la i20 N en mondial. La gamme civile bénéficie de retombées avec les déclinaisons N (haute performance) : i20 N, i30 N, Kona N, Ioniq 5 N. La fiche Wikipédia consacrée au constructeur et le site officiel hyundai.fr détaillent la gamme actuelle, qui mêle thermique, hybride et électrique sur tous les segments.